dimanche, octobre 01, 2006

Quand le mot lui-même est porteur de valeurs culturelles : Time aux Etats Unis, le temps en France

Les études menées, par exemple, par Edward T. Hall, identifient 3 variables clés pour commencer à expliquer les différences interculturelles : le contexte, le temps, et l’espace.

Nous avons évoqué la différence entre les cultures à haut contexte et faible contexte dans la communication verbale et visuelle la semaine dernière.

La signification du temps comme valeur culturelle est un vaste sujet : temps inné, temps acquis, temps monochronique, temps polychronique, vitesse ou lenteur comme facteur positif ou critiquable …

Parfois le vocabulaire lui-même dans son exploitation nous offre les premières pistes pour appréhender les différences culturelles. Il est intéressant de noter que les noms communs « time » et « temps » illustrent bien la divergence entre la culture américaine à faible contexte et la culture française à haut contexte.

Quand on fait l’inventaire des significations possibles du nom commun « time », on remarque qu’à de rares exceptions prés c’est un concept mesurable, linéaire. Lorsqu’il évoque une période qui se conjugue sur la durée, le mot est utilisé au pluriel alors qu’en français il est invariable (in ancient times v. à l’ancien temps). Quand il mesure une répétition, il est également exprimé au pluriel alors qu’en français le mot adéquat est lui aussi invariable (five times v. cinq fois ; how many times v. combien de fois). Par ailleurs, les expressions courantes construites autour de ces mots soulignent les différences culturelles liées à cette valeur : alors qu’aux Etats Unis, le temps, c’est de l’argent, une ressource précieuse et irrécupérable qui peut être investie, perdue, offerte ou gaspillée, en France, elle retient encore cette texture ronde aux frontières floues, difficilement morcelable dans son concept, qui colore la perception de la vie dont il faut bien sur profiter.

Est-il étonnant alors que les Américains paraissent souvent comme des êtres pressés ? Que dans leur souhait d’efficacité ciblée ils soient perçus comme trop directs et brusques quand, par exemple, ils se lancent dans le vif d’un sujet en faisant l’impasse sur les échanges de politesse, porteurs de contexte préalable ? Que les Américains s’étonnent des congés payés ou des horaires hebdomadaires français et les perçoivent comme une paresse nationale ? Qu’ils soient complètement déroutés lorsque, en pause d’une réunion apparemment positive, les Français privilégient d’autres sujets au cours du déjeuner ?

A bientôt,

Lokahi & Quill

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